Résidence de création en détail  


Saïd Mouhssine

Taroo

du 14 février 2022 au 20 février 2022


Au départ, il y a ces jeunes qui passent tous les jours dans mon quartier à Casablanca et qui chantent “tarooo, taroooo” en passant sous nos fenêtres. Au Maroc, beaucoup de gens sans travail, s’inventent des métiers pour la journée, pour la semaine, ou jusqu’à la prochaine idée ou occasion. Commerçant un jour, éboueurs le lendemain, ils sont prêts à tout pour gagner leur croûte. Grâce à eux, nous avons un service à domicile pour nos déchets.

Je trouve ça génial, cette possibilité de gagner sa vie en rendant un service aux autres, ou simplement parce qu’on a trouvé un objet à exploiter juste pour tester, pour la journée. J’aime l’idée de ne pas rester à ne rien faire, de toujours trouver le moyen de bouger, d’être actif, de tester. J’admire aussi la solidarité des personnes qui en échange de ce service donnent quelques dirhams. En fin de journée, à partir d’une poubelle croisée dans la rue, le jeune ou le vieux part avec un salaire de 200dh ou 300dh pour manger pour plusieurs jours. Avec ce projet, je voudrais rendre hommage à cette initiative, rendre la parole à ces personnes que nous ne voyons pas, à qui nous ne prêtons pas tellement attention mais qui nous rendent un grand service.

En même temps, je voudrais sensibiliser le public à l’écologie, à la gestion des déchets, et en profiter pour révéler certains de nos comportements face à nos déchets, face aux éboueurs, face à nous même.

J’aime l’idée que ce spectacle n’en soit pas un. C'est-à-dire que les gens attendent un spectacle qui a déjà commencé mais auquel ils n’ont pas encore prêté attention, simplement parce que l’artiste est là, mais qu’il est en train de ramasser des déchets. J’ai pu tester cet impromptu lors d’un événement. Mon nom était annoncé dans la programmation avec l’heure, les gens étaient là, moi aussi, je ramassais des déchets et me promenais en tirant ma poubelle et en interpellant quelques personnes et pendant quelques minutes, les gens se demandaient où était l’artiste, quand est ce que le spectacle allait commencer. Puis quand les acrobaties avec la poubelle ont commencé, là, tout le monde a été surpris et a compris, que celui qu’ils n’avaient pas vu mais juste croisé des yeux, était en fait celui qui pour une fois, à quelque chose à dire et à montrer et ne se fond plus dans le décor.

Pour ce projet, je souhaite travailler avec des éboueurs, les écouter, peut-être les enregistrer pour faire entendre leur voix. Je souhaite également m’entourer d’un auteur habitué de la question de l’écologie, d’un artiste de rue pour m’aider à développer des techniques d’improvisation lié à la rue et à tout ce que je peux développer en interaction avec le public comme des moyens magiques, des surprises acrobatiques et du jeu d’acteur. Je compte aussi y ajouter mes disciplines du parkour et du mât chinois.

Said Mouhssine


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